Sultans of Swing — le fingerpicking de Mark Knopfler
Avant de travailler le moindre remplissage ou le moindre solo de ce morceau, il y a une question qu’on ne peut pas esquiver : comment jouer comme Knopfler à la main droite ?
Parce que toute la magie de Sultans of Swing — ce son à la fois attaqué et chaud, cette capacité à faire sonner la guitare comme si elle respirait — vient de là. Pas du médiator. Pas des effets. Des doigts, directement sur les cordes.
Pas de médiator : un choix, pas une contrainte
Mark Knopfler ne joue pas au médiator. Il ne l’a pratiquement jamais fait. Il attaque les cordes avec le pouce et les trois premiers doigts de la main droite, sans onglets, sans picking hybride au sens classique du terme — juste les doigts à nu.
Ce n’est pas un hasard ni une excentricité. C’est une technique héritée des guitaristes de country et de blues du delta, ceux qui jouaient sur des guitares acoustiques avant que l’électrique existe. Knopfler s’en est emparé et l’a appliquée à la guitare électrique avec un résultat immédiatement reconnaissable.
Le médiator produit une attaque ponctuelle, identique sur chaque corde. Le doigt, lui, peut varier la quantité de chair et d’ongle en contact avec la corde, adapter la pression, accrocher ou effleurer. C’est cette variété qui donne au jeu de Knopfler son côté organique — vous entendez que c’est un être humain qui joue, pas une machine.
La position de la main droite
C’est la première chose à mettre en place, et c’est souvent ce qui coince au début.
Le pouce (p) joue les basses — cordes 4, 5 et 6. Il attaque vers le bas, en « grattant » la corde, avec la partie charnue légèrement inclinée. Chez Knopfler, le pouce est très actif et très autonome : il assure la pulsation rythmique pendant que les doigts brodent au-dessus.
L’index (i), le majeur (m) et l’annulaire (a) s’occupent respectivement des cordes 3, 2 et 1. Ils attaquent vers le haut — en « pinçant » — et reviennent naturellement en position. Contrairement au jeu classique, la main n’est pas arrimée à la table : elle flotte légèrement, appuyée sur le chevalet ou simplement en l’air.
La position générale : la main est posée en angle, légèrement au-dessus des micros, poignet peu courbé. Si vous regardez des vidéos de Knopfler en concert, notez que sa main droite est quasiment immobile dans l’ensemble — c’est le mouvement fin des doigts qui fait tout le travail, pas un grand mouvement du bras.
Ce que ça change concrètement dans Sultans of Swing
Dans ce morceau, la technique de Knopfler fait trois choses que vous ne pouvez pas reproduire au médiator.
1. Jouer basse et mélodie simultanément. Les remplissages entre les phrases vocales sont souvent construits sur deux plans sonores en même temps : le pouce tient une note de basse pendant que les doigts jouent une ligne mélodique sur les aigus. Au médiator, vous seriez obligé de choisir. Aux doigts, les deux coexistent naturellement.
2. Varier les dynamiques note par note. Dans les couplets, certaines notes « chantent » et d’autres sont juste là pour articuler le rythme. Knopfler dose l’attaque de chaque doigt individuellement. Au médiator, tout sort au même volume sauf si vous modulez le mouvement du bras entier.
3. Produire ce son « gras » sur les cordes basses. Le pouce de Knopfler attaque les cordes graves avec beaucoup de chair — pas du bord de l’ongle. Ce contact large produit un son rond et épais qui sonne complètement différent d’un médiator sur les mêmes cordes. C’est particulièrement audible sur le Dm grave qui ouvre chaque couplet.
Les deux erreurs les plus fréquentes
Commencer par essayer de reproduire la vitesse. Les solos de Knopfler semblent rapides, mais l’essentiel du morceau — les couplets, les remplissages — est joué à une vitesse tout à fait accessible. Ce qui manque au début, ce n’est pas la vitesse, c’est la coordination pouce/doigts. Travaillez cette coordination lentement avant de monter le tempo.
Crisper la main. Au médiator, beaucoup de guitaristes ont une main droite tendue, en alerte permanente. Aux doigts, la main doit être détendue — les doigts se recourbent naturellement vers la paume, l’attaque vient d’un petit mouvement souple du doigt, pas d’une traction forcée. Si votre main fatigue après deux minutes, c’est que vous forcez.
Par où commencer si vous jouez habituellement au médiator
Pas besoin de tout réapprendre. Voici un ordre logique :
Commencez par jouer uniquement les basses au pouce sur la grille de Sultans of Swing, en laissant les doigts au repos. Juste le pouce, tempo lent, en faisant sonner chaque note grave proprement. C’est la fondation.
Une fois que le pouce tient la pulsation sans y penser, ajoutez l’index seul sur la corde 3 pour les notes mélodiques simples. Vous avez maintenant deux plans indépendants — pouce et index. Travaillez jusqu’à ce que les deux soient vraiment indépendants.
Ensuite seulement, intégrez le majeur et l’annulaire pour les cordes 2 et 1. À ce stade, vous êtes en mesure d’aborder les remplissages des couplets.
Un mot sur le son
La technique n’est qu’une partie du résultat. Le son de Knopfler sur Sultans of Swing est aussi lié à son instrument (une Stratocaster branchée en clair, micro manche) et à l’absence de compression agressive. Si vous avez une électrique avec un micro simple bobinage en position manche, un réglage propre et un peu de réverbe, vous serez déjà dans le bon territoire sonore. Inutile de chercher une distorsion ou un chorus — tout doit rester propre et direct.
La suite
Cette technique de main droite est la clé de tout ce qui vient ensuite dans ce cours. Quand on analyse les remplissages ou les solos dans les parties suivantes, gardez en tête que chaque phrase est construite avec cette logique pouce/doigts — c’est ce qui en détermine la forme, le rythme et le phrasé.
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