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Improviser sur un blues

Le blues est le terrain idéal pour mettre en pratique la série sur l’improvisation. La grille est courte, elle se répète, elle ne compte que trois accords… et pourtant elle pose déjà toutes les bonnes questions : quelles notes jouer sur chaque accord, comment faire entendre les changements, comment construire un solo qui avance.

Cet article reprend les étapes de la série dans l’ordre, sur un blues de 12 mesures en La, joué dans un esprit blues-rock. Tous les exemples se jouent autour de la case 5.

Étape 1 : connaître la grille

La grille de base du blues tient en 12 mesures et trois accords : le I, le IV et le V de la tonalité. En La, ce sont A7, D7 et E7. Elle est détaillée dans les grilles rock-blues, avec ses variantes.

Mesures 1 à 4 A7 A7 A7 A7
Mesures 5 à 8 D7 D7 A7 A7
Mesures 9 à 12 E7 D7 A7 E7

Comme vu dans la partie 2, repérez les moments clés : le passage sur D7 en mesure 5 (le premier changement fort), le retour sur A7 en mesure 7, et les mesures 9 à 12, le « turnaround », qui ramènent au début de la grille. C’est sur ces changements que votre improvisation doit se faire entendre.

Étape 2 : connaître les accords

Les trois accords sont des accords de septième (dominante) :

  • A7 : La, Do#, Mi, Sol ;
  • D7 : Ré, Fa#, La, Do ;
  • E7 : Mi, Sol#, Si, Ré.

Les notes qui changent d’un accord à l’autre sont les plus intéressantes : ce sont elles qui font entendre la grille. Le Do# de A7 devient Do sur D7, le Sol# apparaît sur E7. Commencez par jouer les arpèges pour les avoir dans les doigts et dans l’oreille :

Les arpèges du blues en La A7 (La Do# Mi Sol) · D7 (Ré Fa# La Do) · E7 (Mi Sol# Si Ré) · retour sur La e B G D A E 5 4 7 5 5 4 7 5 7 6 4 7 5

Si les arpèges ne vous sont pas familiers, voyez l’article sur les arpèges.

Étape 3 : choisir ses gammes

C’est ici que le blues est riche : plusieurs choix fonctionnent, chacun avec sa couleur.

La pentatonique mineure de La, sur toute la grille

C’est le son blues par excellence. Sa tierce mineure (Do) frotte contre la tierce majeure des accords (Do# sur A7) : ce frottement, loin d’être une fausse note, est la couleur même du blues. C’est la solution la plus simple pour commencer : une seule position pour toute la grille.

La pentatonique majeure de La, sur A7

Sur A7, la pentatonique majeure (La, Si, Do#, Mi, Fa#) éclaircit le son : c’est la couleur du blues plus « country » ou du rock’n’roll. Elle contient la tierce majeure, Do#, qu’il est bon de viser :

Sur A7 — la pentatonique majeure et sa tierce La phrase vise le Do#, la tierce de A7 : le son s’éclaircit e B G D A E 7 4 7 4 7

Mélanger les deux

Le vrai secret du blues, c’est d’alterner. Une astuce très utilisée : jouer la tierce mineure (Do) et la faire glisser ou remonter vers la tierce majeure (Do#) sur A7. Et sur D7, le Do est la septième de l’accord : il sonne parfaitement.

Un même motif peut ainsi suivre la grille en changeant une seule note :

Un motif qui suit la grille Sur A7, Do -> Do# (tierce) · sur D7, le Do reste : c’est la 7e de D7 e B G D A E 5 6 5 h 5 7 5

C’est exactement l’idée de la partie 4 : les gammes au service des accords.

La blue note

La gamme blues ajoute une note à la pentatonique mineure : la quinte diminuée (Mi bémol en La), qu’on appelle la blue note. C’est une note de passage : elle s’utilise en glissant vers la quinte (Mi) ou la quarte (Ré), jamais comme note d’arrivée.

La blue note Mi, Ré, Mi bémol (blue note), Ré, Do, puis le La e B G D A E 5 7 8 7 5 7

Le mixolydien, accord par accord

Pour un son plus jazz, on peut jouer le mode mixolydien de chaque accord : La mixolydien sur A7, Ré mixolydien sur D7, Mi mixolydien sur E7. C’est plus exigeant, car il faut changer de gamme à chaque accord, mais cela fait parfaitement entendre la grille. Gardez-le pour plus tard : maîtrisez d’abord le mélange des pentatoniques.

Étape 4 : le rythme et le phrasé

Le blues se joue le plus souvent en « shuffle » : les croches sont ternaires, la première plus longue que la seconde. Même si les exemples sont écrits en croches régulières, jouez-les avec ce balancement.

Appliquez ce que proposent la partie 5 et la partie 6 :

  • commencez le solo avec peu de notes, longues, sur les notes des accords ;
  • construisez des phrases courtes, séparées par des silences : le blues respire ;
  • utilisez un motif, répétez-le, et adaptez-le au changement d’accord (comme le Do# qui devient Do) ;
  • posez des questions et répondez-y : une phrase qui finit sur une note instable, une autre qui revient sur la tonique ;
  • gardez un moment fort pour le turnaround, qui relance la grille suivante.

Un plan pour commencer

  1. Jouez les arpèges sur la grille jusqu’à les enchaîner sans réfléchir.
  2. Improvisez uniquement avec la pentatonique mineure de La, en visant une note de l’accord sur le premier temps de chaque mesure.
  3. Ajoutez la pentatonique majeure sur A7, puis le passage Do → Do#.
  4. Glissez la blue note dans vos phrases.
  5. Travaillez un seul aspect du phrasé par séance : les silences, puis les motifs, puis les questions et réponses.

Pour aller plus loin

Retrouvez toutes les étapes de la méthode sur la page L’improvisation : les étapes pour réussir. Pour travailler les positions de la pentatonique sur tout le manche, voyez la gamme pentatonique en 3 étapes simples. Et pour passer au jazz, improviser sur Blue Bossa applique la même démarche à un standard.

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