L’improvisation : 6 – accentuation et phrasé
Voici la dernière étape de cette série sur l’improvisation. Après avoir vu ce que veut dire improviser, connaître la grille, les accords, les relations entre gammes et accords puis le rythme et le débit de notes, il reste à donner du relief à tout cela.
Pour reprendre la comparaison avec la peinture : vous avez la toile (la grille), les couleurs (les notes) et le geste (le rythme). L’accentuation et le phrasé, ce sont les touches de lumière et les contrastes qui font qu’un tableau attire l’œil. Deux solos peuvent utiliser exactement les mêmes notes : celui qui est accentué et phrasé racontera quelque chose, l’autre récitera une gamme.
Tous les exemples de cet article utilisent la pentatonique mineure de La, en position V (autour de la case 5). Rien de compliqué côté notes : tout se joue sur la manière.
Accentuer : faire ressortir certaines notes
Temps forts et temps faibles
Dans une mesure à 4 temps, les temps 1 et 3 sont les temps forts, les temps 2 et 4 les temps faibles. En rock et en blues, la batterie frappe la caisse claire sur les temps 2 et 4 (le « backbeat ») : c’est ce qui donne l’envie de bouger.
Comme vu dans la partie 3, les notes de l’accord placées sur les temps forts montrent que vous jouez l’harmonie en place. Accentuer ces notes-là renforce encore l’effet : l’auditeur entend clairement où vous êtes.
Les moyens d’accentuer
Une note ressort quand elle se distingue de ses voisines. À la guitare, vous avez plusieurs leviers :
- l’attaque : un coup de médiator plus appuyé ;
- la durée : une note plus longue au milieu de notes courtes ;
- la hauteur : une note plus aiguë que le reste de la phrase ;
- le silence : une courte pause juste avant la note la met en valeur.
Écoutez la différence sur la même phrase, jouée d’abord sans aucun accent, puis avec des accents sur les temps 1 et 3 et une arrivée marquée sur le La :
La première version coule sans relief, c’est la « litanie » dont parlait la première partie. La seconde a une direction : on sent où la phrase va.
Les articulations de la guitare
La guitare offre des façons de lier ou de colorer les notes que peu d’instruments possèdent. Bien utilisées, elles font une grande partie du « son » d’un guitariste.
- Le bend : on pousse la corde pour monter la note d’un demi-ton ou d’un ton. Il donne un caractère vocal, presque chanté, surtout quand il vise une note de l’accord.
- Le vibrato : de petites oscillations autour de la note tenue. Il fait vivre les notes longues et signe le jeu d’un guitariste.
- Le slide : on glisse d’une case à l’autre. Il relie deux notes sans réattaquer.
- Les hammer-on et pull-off : on frappe ou on tire la corde avec la main gauche. Le son est lié, plus fluide, moins percussif qu’une attaque au médiator.
- Le staccato (notes étouffées, très courtes) : il apporte du mordant et du rythme.
Un bend suivi d’une note tenue avec vibrato, c’est une signature du blues et du rock :
Liaisons ou attaques ? La même phrase change complètement de caractère selon qu’on la lie ou qu’on attaque chaque note :
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse : alternez. Une phrase liée puis une phrase attaquée, c’est déjà un contraste que l’oreille apprécie.
Phraser : construire des phrases
Un solo n’est pas une suite de notes, c’est une suite de phrases. Comme à l’oral, une phrase a un début, un développement et une fin, puis on respire avant la suivante.
Le motif et ses variations
Un motif, c’est une petite idée de quelques notes. Le répéter donne un repère à l’auditeur, le varier entretient son intérêt. On peut le varier de plusieurs façons :
- garder les notes et changer le rythme ;
- le transposer, plus haut ou plus bas ;
- l’allonger ou le raccourcir ;
- le déplacer dans la mesure (commencer sur un autre temps).
C’est le principe du « fil rouge » vu dans la partie 5 : la répétition permet à l’auditeur d’anticiper, et la variation le surprend.
Question et réponse
Une phrase peut « poser une question » en se terminant sur une note instable, qui appelle une suite (ici la 7e mineure, le Sol). La phrase suivante « répond » en se posant sur une note stable, la tonique. Ce dialogue, hérité du chant et du blues, rend un solo très lisible.
Respirer
Le silence fait partie de la phrase. Laisser un temps ou deux entre deux phrases donne de l’importance à ce qui vient d’être joué et à ce qui va suivre. Les plus grands solistes sont souvent ceux qui jouent le moins de notes.
En résumé
- Accentuez les notes importantes (notes de l’accord, notes cibles) par l’attaque, la durée, la hauteur ou le silence.
- Utilisez les articulations de la guitare (bend, vibrato, slide, liaisons, staccato) pour colorer et relier vos notes, en alternant les caractères.
- Pensez en phrases : un motif, ses variations, des questions et des réponses, et des respirations.
Prenez une grille simple, par exemple un blues, et ne travaillez qu’un seul de ces points à la fois. C’est exactement ce que propose l’article improviser sur un blues, qui met toute la série en pratique.
Pour aller plus loin
Cette étape termine la série sur l’improvisation. Retrouvez toutes les étapes sur la page L’improvisation : les étapes pour réussir, et travaillez vos positions avec la gamme pentatonique en 3 étapes simples.
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