Le triton : l’intervalle instable et très coloré

Le triton : l’intervalle instable et très coloré

De tous les intervalles de la gamme chromatique, le triton est surement l’intervalle le plus caractéristique. Très instable, il colore fortement les accords.

Voyons ça en détails ici.

Définition : le triton

Le triton est l’intervalle de 3 tons, ou 6 demi-tons (je préfère compter en demi-tons).

Cet intervalle qui coupe l’octave en deux est, avec le demi-ton, un intervalle très instable, et surtout dissonant.

Cette forte dissonance de 6 demi-tons appelle à une résolution vers un intervalle proche, plus large (augmentation de l’intervalle) ou moins large (diminution de l’intervalle).

À l’époque médiévale, époque où seules les quartes et les quintes étaient autorisées, le triton était même qualifié de démoniaque. On l’appelait “l’intervalle du diable”. Toute personne l’utilisant pouvait être mise sur le bûcher. Nous n’en sommes plus là, bien heureusement, et nous pouvons l’utiliser dans diverses situations.

Où trouve-t-on le triton ?

Si cet intervalle est très dissonant, pourquoi le trouve-t-on dans les accords ?

Nous l’utilisons dans des accords parce que par la tension que provoque le triton, l’accord demande une résolution vers l’accord suivant. Cette tendance rend l’enchaînement « naturel », comme normal. On passe de la tension au relâchement.

Le triton dans les accords de dominantes

Le triton se trouve naturellement dans les accords de dominante, entre la tierce majeure et la septième mineure.

Prenons comme exemple le triton B-F, ou F-B, c’est le même. Dans quel accord se trouve-t-il ?

Ok, donc si B est la tierce majeure, quel est l’accord majeur correspondant ?
On part de B et on recule d’une tierce majeure, soit 4 demi-tons : B ⇾ B ⇾ A ⇾ Ab ⇾ G.

L’accord de G possède comme tierce majeure la note B. La septième mineure se troue 2 demi-tons sous la tonique, soit : G ⇾ G ⇾ F. L’accord de G7 contient notre triton B-F.

Mais B-F et F-B sont le même intervalle de 6 demi-tons. Il est donc possible d’inverser les rôles du F et du B : la tierce majeure est alors considérée comme une septième mineure et la septième mineure comme une tierce majeure, le tout d’un tout nouvel accord.

Si F est la tierce majeure, quel est l’accord correspondant ? On part de F et on descend de 4 demi-tons, comme précédemment : F ⇾ E ⇾ Eb ⇾ D ⇾ D. L’accord de D♭7 possède le même triton. La page sur la substitution tritonique donnera plus d’explication sur cette relation entre D et et G7.

Les accords diminués et demi-diminué

ici, on est un cran au-dessus : les accords demi-diminués ont un triton entre la tonique et la quinte diminuée. Les accords diminués, eux, en ont 2 :

  • entre la tonique et la quinte diminuée
  • entre la tierce mineure et la septième diminuée

Par exemple, pour l’accord demi-diminué de C, écrit aussi C-75, les notes sont :

  • C : la tonique
  • E : la tierce mineure
  • G : la quinte diminuée
  • B : la septième mineure

Pour l’accord diminué :

  • C la tonique
  • E : la tierce mineure
  • G : la quinte diminuée
  • B♭♭ qui vaut un A : la septième diminuée

Les tritons sont alors : C-G♭ et E-B. Ces accords sont très dissonants et demande une résolution plus forte.

Résolutions de la tension induite par le triton

Prenons le triton de la gamme majeure de C : F-B. Il peut être résolu de 6 façons :

  • le B devient C et l’intervalle devient
    • F-C : une quinte
    • C-F : une quarte
  • le B devient B♭ et l’intervalle devient
    • F-B♭ soit une quarte
    • B♭ – F : une quinte
  • Le F devient F# et l’intervalle devient
    • F# – B : une quarte
    • B – F# : une quinte
  • Le F devient E et l’intervalle devient
    • E-B : une quinte
    • B-E : une quarte
  • Le F devient F# et le B devient B♭/A#
    • F# – A# est une tierce majeure
    • A# – F# est une sixte mineure
  • le F devient E et le B devient C
    • C-E : une tierce majeure
    • E-C : une sixte mineure
  • le F devient F# et le B devient C
    • C-F# : de nouveau un triton et on recommence
  • Le F devient E et le B devient B♭
    • ici aussi, encire un triton et c’est reparti pour un tour.

On le voit, les possibilités de résolution sont vastes (je n’ai pas évoqué les résolutions sur accords suspendus…).

Quelques exemples de résolutions du triton

La plus utilisée, c’est celle ou la tierce de l’accord 7 devient septième majeure de l’accord suivant, et la septième mineure de l’accord 7 descend d’un demi-ton pour devenir la tierce majeure de l’accord de résolution. Cette inversion des rôles entre tierce et septième est la plus présente et naturelle dans la musique.

Ce qui donne :

  • B tierce de G7 ⇾ B septième majeure de CM7
  • F septième mineure de G7 → E tierce majeure de CM7

C’est la base du II-V-I majeur.

Idem avec la substitution tritonique :

  • F tierce majeure de D♭ descend pour devenir E, tierce majeure de CM7
  • C♭ (enharmonique de B) septième mineure de D♭ devient B, septième majeure de CM7

Pour aller plus loin

Le triton n’est pas le seul intervalle instable. Sa présence autorise des notes d’extension peu habituelles comme ♭9 sur un accord de dominante, qui résout parfaitement en descendant d’un demi-ton sur la tonique de l’accord une quinte plus bas.

Le triton est un intervalle parmi tous les autres intervalles !

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